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Droits de l’homme, la RDC plonge!

Les violations des droits humains à caractère politique augmentent en RDC à l’approche d’un processus électoral qui risque d’être annulé. Depuis janvier 2016, l’ONU a documenté 500 cas de violations des droits de l’homme. Les victimes sont souvent des personnes opposées au 3ème mandat du président Kabila ou des défenseurs des droits humains.

Les cas présentés par le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’homme alertent sur la restriction de l’espace politique. Mai 2016 a été le mois le plus liberticide : 155 violations, soit près du triple de la moyenne mensuelle située à 57,5 cas. Les critiques internationales ainsi que les pressions internes ont probablement conduit les services de sécurité à décélérer pour un petit temps. Le résultat c’est que les chiffres retombent à 57 en juin, avant de remonter à 72 en juillet.

Exprimer ses opinions ou s’exprimer librement pose problème en RDC. L’ONU a recensé au moins 108 cas à propos. En outre, les « atteintes à la liberté de la personne » augmentent (88 cas), et la liberté de manifestation plonge (102 cas), selon les mêmes rapports.

Sur la carte, cliquez sur une bulle et voyez les données de chaque ville.

Il va de soi que les principales victimes de ces violations des droits de l’homme sont les membres des partis politiques (366 cas). Parmi eux, certains sont privés de libertés, détenus sans respect des lois. Les défenseurs des droits humains et d’autres membres de la société civile (92 cas) et les des professionnels des médias (19 cas) qui dénoncent ces violations sont, eux aussi, dans l’œil du cyclone.

Dix provinces sont particulièrement impliquées dans ces violations des droits de l’homme à caractère politique. Cinq villes de ces provinces constituent des pôles de luttes politiques entre opposition et pouvoir. Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, arrive en tête avec 82 cas, suivi de Kinshasa et Bukavu (55 cas chacune). Kalemie, dans le Tanganyika compte 40 cas pendant que Kisangani, dans la province de Tshopo totalise 22 cas.

Les mois à venir risquent de se révéler encore plus liberticides en République démocratique du Congo, si le dialogue politique qui démarre ne parvient pas à inclure toutes les tendances. Sans doute, août devra compter plus encore de violations des droits de l’homme. L’appel récent lancé par l’opposition à faire « ville morte » pour protester contre le facilitateur  Edem Kodjo comme facilitateur a conduit à l’arrestation d’au moins 32 personnes, principalement à Kinshasa et à Mbuji-Mayi, dans le Kasaï.

 



RDC : les droits humains c’est après élections

Les violations des droits humains, à caractère politique surtout, se multiplient en République démocratique du Congo. Durant le mois de mai 2016, 155 cas de violation des droits humains en RDC ont été recensés (source : BCNUDH). Au total, depuis le mois de janvier c’est 371 violations qui ont été enregistrées, contre 260 pour l’ensemble de l’année 2015… Dans ce billet, je ne serai ni bavard ni avare. J’ai conçu une visualisation simplifié.

Les publications du Bureau conjoint des Nations-Unies aux Droits, organisme de la Monusco, révèlent que le Katanga totalise le degré le plus haut des violations des droits de l’homme, suivi du Nord-Kivu, de Kinshasa et du Tanganyika.

Décidément, il n’est pas bon d’avoir des opinions, surtout des opinions politiques. Cela aiderait peut-être à éviter de tomber dans la gueule de la machine à répression qui semble ne pas reculer depuis le début de l’année. N’est-ce pas inquiétant de voir ainsi reculer l’espace d’expression à l’approche des élections on ne peut plus hypothétiques en 2016 ? Le graphique ci-dessous l’indique si bien.

Les forces de l’ordre dans les violations des droits humains

Les groupes armés, dans l’ensemble, passent pour principaux auteurs des violations des droits humains en RDC. Mais les forces de l’ordre (police, armée, renseignement) occupent la plus grande part des violations des droits humains (998 cas), le reste étant constitué des agents de l’administration.

La police se montre plus répressive. Sur cinq mois, l’observation des cas recensés par la Monusco renseigne que le Haut-Katanga, le Tanganyika et Kinshasa sont les provinces les plus concernées par la restriction des libertés.

Les violations des droits humains qui sont le fait des services étatiques expliquent les pressions qui ne laissent personne indifférent : dans les nouvelles provinces (Haut-Katanga, Tanganyika, par exemple), les nouvelles autorités sont obnubilées par l’obligation d’allégeance au pouvoir. Il faut prouver qu’on défend bien les autorités nationales, que tout est sous contrôle. Et cela, d’autant plus qu’une ville comme Lubumbashi est l’objet de concurrence entre le pouvoir et l’opposition portée par Moïse Katumbi et Charles Mwando.

En attendant les élections, qui hélas ne donnent aucun signe de début, les droits des l’homme entrent en hibernation. Ils peuvent attendre. Répression et droits des l’homme, en effet, ne sont-ils pas opposés ?



Les défenseurs des droits humains se tournent vers les médias sociaux à Lubumbashi

Défenseurs des Droits humains versions web 2.0 à Lubumbashi

Malgré leur pénétration assez considérable en RDC, les TIC n’avancent pas auprès des journalistes. Cette catégorie professionnelle est l’une des plus en retard en ce domaine et cela inquiète.

Maître Hubert Tshiswaka, avocat au barreau de Lubumbashi, dirige l’Institut des recherches en droits humains, IRDH. Sur sa table, deux téléphones connectés, avec wifi, What’s App, Facebook, Twitter et You tube, plus un PC dernier cri, à écran tactile. C’est un des rares activistes de la société civile qui ont compris que les médias sociaux sont porteurs de changements. Son rêve, influencer la RDC sur le plan des droits et libertés, y compris sur internet.

« Ce qui a permis de changer au Burkina Faso, par exemple, c’est la rapidité de la communication. Et cette rapidité, c’est la jeunesse, ce sont les réseaux sociaux. »

Les défenseurs des droits humains se tournent vers les médias sociaux à Lubumbashi

Le palais de justice de Lubumbashi. Photo M3 Didier, octobre 2015

Éduquer les congolais aux médias sociaux

Or, l’intégration de ces nouveaux médias est difficile en République démocratique du Congo. Pas qu’ils soient simplement difficiles d’accès parce qu’onéreux, mais surtout parce que, selon le juriste, les journalistes s’endorment. Les médias sociaux comme moyens de communication sont « difficiles, pas adaptés à notre société », la société congolaise. Il faut donc une éducation.

Plutôt, le problème se poserait en termes d’adaptation des utilisateurs aux médias sociaux. C’est d’abord faute d’attraction, d’exemples concrets. Nombre des journalistes sont dans la profession non pas par conviction, mais parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux ailleurs. La conséquence c’est l’extension des pratiques qui n’améliorent pas l’image du journaliste comme le monnayage de l’information. La pratique ne surprend plus et semble n’indigner personne désormais.

« Les journalistes bloquent les défenseurs des Droits humains : ils demandent de l’argent même pour leur formation ! », s’étonne Me Tshiswaka.

L’argent d’abord, liberté d’expression après

Là, il y a deux cas explications. Soit la presse juge carrément de la communication, certaines sorties des défenseurs des droits humains, soit alors dans le contexte du juriste, ils bloquent réellement l’information parce qu’ils ont besoin d’argent. Dans ce cas, ils bloquent l’information. Ce qui désole Hubert Tshiswaka : plutôt que de soutenir, par exemple, la lutte pour la liberté d’expression,

« Les journalistes préfèrent aller vers ceux qui parfois détruisent ce principe, parce qu’ils donnent de l’argent»

La RDC, contrairement à plusieurs pays voisins, jouit d’une liberté d’expression relativement manifeste. Seulement, médias et acteurs de la société civile n’osent pas capitaliser cet acquis.

« Ce qui tue les congolais c’est l’ignorance de profiter de notre liberté ».

Pour atteindre les congolais, l’IRDH presqu’ainsi coincé par les médias, se tourne vers les médias sociaux. Au départ, en entre 2002 et 2005, les défenseurs des droits de l’homme envoient des mails à au moins 1000 personnes, avec espoir qu’au moins 10% les feront suivre à leurs amis. Mais Lubumbashi n’a alors qu’un seul cybercafé. L’opérateur est des rares qui ont une adresse mail, seul canal pour l’envoi des mails privés. « Parfois, le renseignement venait lire nos rapports, avec nous, derrière l’opérateur », explique le responsable de l’IRDH. Plus de secret alors. Heureusement pour les défenseurs des droits humains, puisqu’ils n’étaient pas arrêtés sur place. « Ils avaient besoin de tout comprendre : à qui nous envoyons, qu’est-ce que nous disons dans nos rapports ? »

Ensuite, ce fut une distribution gratuite des communiqués de presse sur 2 ou 4 pages, dans les rues de Lubumbashi, au grand dam des médias qui se trouvent contournés. « La population a beaucoup aimé. Mais comme toujours, d’autres personnes ne voulaient pas nous lire. »

Même disposant des connexions mobiles, les journalistes n'avancent pas assez dans les TIC en RDC

Un téléphone 3G donnant accès facile à Internet

Internet pour contourner les médias classiques à Lubumbashi

Avec les réseaux sociaux, mais aussi avec son site internet, l’IRDH compte désormais sur la présence de plus en plus accrue des jeunes sur internet pour parler des droits humains, distribuer des alertes et en sectionner parmi des milliers qui arrivent sur Tweeter et sur Facebook.

« Nous sommes en train de suivre les personnes pour les atteindre où elles sont… la société congolaise a besoin de luter, des journalistes ne l’ont pas compris et n’y participent pas ».

Maître Hubert Tshiswaka regrette que les journalistes ne se mettent pas à jour, en termes de l’usage et de l’appropriation des médias sociaux. Les politiques ont pris de l’avance sur plusieurs médias. Le phénomène Moïse Katumbi sur Twitter en est une éclatante illustration. Dans un mois, il a atteint 26.000 followers, dépassant Vital Kamerhe jusqu’alors premier de RDC.

Depuis, les politiques s’invitent de plus en plus sur les réseaux sociaux. Hubert Tshiswaka pense que tous n’ont pas les mêmes objectifs. « Les uns pour espionner, les autres pour leur publicité. » Et voilà que dans ce cas, internet congolais reste pauvre de contenu.

Pourtant, les mois et les années qui viennent vont être déterminants pour l’exercice des libertés en RDC. Y compris la liberté d’expression.

« Soit nous réussissons l’alternance et nous continuons en améliorant les acquis actuels, soit nous la ratons et nous basculons dans l’instabilité et le durcissement du régime. »