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Pourquoi ne te maries-tu pas ?

A 12 ans, on rugit, à 15 on chasse, à vingt on est parent. Célibataire, que faites-vous sur une terre fertile ?

Célibataire.-So-what-

Source: http://blog.run2meet.fr/

« Mon petit, tu voulais un diplôme du secondaire (le bac), tu l’as. Encore l’université, « tu les as ces fameux diplômes. » Tu as un travail, chaque fin du mois tu touches un salaire. Tu es beau, journaliste en plus : on te voit à la télévision ! A 30 ans comme toi aujourd’hui, mon fils aîné m’accompagnait à la chasse. Toi, qu’est-ce que tu attends encore. »

Ô, impitoyable oncle plein de charité! Son neuvième enfant avait beau rabrouer son père on ne peut plus opiniâtre. Il jouait son « rôle ». Les oncles ont en effet, mission de « tout dire » à leurs neveux, surtout de mariage et de sexe.

Le célibat, c’est au masculin et proscrit

Source: centre-spirituel-mormaison.catho85.org

Source: centre-spirituel-mormaison.catho85.org

Voilà qui lui ne devait pas l’empêcher de m’enseigner toute la belle et drôle littérature sur le célibat. C’est en effet, au masculin par essence et une exception, en effet, le célibat. Hum!
Mais fâcheusement, certains gaillards « acculturés », un peu du genre beau jeune journaliste vu à la télévision, multidiplômé, salarié mais entêté… se plaisent à vivre le célibat qui plus est endurci. Au féminin, il est simplement proscrit. Non, inexistant ! Mais comme une abomination, l’oncle charitable constate amèrement que certaines filles préfèrent « rester seules » et plus seules encore, dans leurs « prétendues maisons » qui en réalité « sont des hôtels : entendez maison de prostitution ! Une honte de la famille, une abomination.

Va et ne reviens plus, jamais !

Les célibataires, ils n’ont pas d’excuse. Fatalement, ils sont égoïstes, ne veulent accueillir personne chez eux, se plaisant d’habiter les « deux-pièces-chambre-salon »… Leur lit sont en plus single ! Pas de cuisine, pas de farine, pas se casserole, se contentant de « manger au restaurant ». Mais non, depuis quand on mange au restaurant ? C’est pour les voyageurs, et des « voyageurs qui ne savent pas se trouver des amis ! »

Voilà pourquoi il reste éperdument condamné, le célibat, au pays du charitable oncle sans vergogne. –Une loi forcément non écrite et impitoyable, qui veut décourager le célibat.– Lorsqu’il est mort, le célibataire repose dans cercueil où est logée à côté de lui, une braise, un charbon de bois (noir en plus!). Dans une autre communauté du Katanga, il reçoit une piqûre sans retrait d’une espèce de clou en bois, sur la fesse. Il s’en va avec. Des paroles l’accompagnent : « vas, ne reviens jamais : tu n’as laissé personne ici. » D’autres encore lui disent : « Tourne-nous le dos. » En plus, la famille s’interdit de donner à un enfant le nom d’un défunt célibataire. Il risque de lui ressembler. Vous vous demandez sans doute le sort des mariés sans enfants ? Eux au moins, ils méritent des compassions. Mais la femme infertile elle, si elle est de « sale » caractère, on la répudie, l’accusant d’être venue « remplir des chiottes » au lieu de remplir la terre.

Pas encore marié ? Qu’attendez-vous : l’oncle charitable ?



L’Opéra à Lubumbashi, c’est possible

Les incrédules se sont pliés : opéra à Lubumbashi, le débat est clos désormais. Le premier concert de musique classique a réjoui l’assistance. Retransmis (en différé) sur la télévision Mwangaza samedi 2 mai, après le théâtre de Lubumbashi (transformé en siège de l’assemblée provinciale du Katanga). « Une première », tout le monde l’a reconnu.

Des choristes de Lubumbashi au concert d'opéra. Samedi 2 mai 2015. | Photo Magloire Mwamba

Des choristes de Lubumbashi au concert d’opéra. Samedi 2 mai 2015. | Photo Magloire Mwamba

« Je regrette de ne l’avoir pas appris à temps », m’a écrit une amie qui auparavant s’étonnait d’apprendre par mon tweet qu’un opéra était organisé à Lubumbashi. Pas la seule surprise. « Lorsque j’ai dit à que je venais à l’opéra, mes enfants m’ont dit : « maman, l’opéra à Lubumbashi ? » », a expliqué Clotilde Mutita, maire adjointe de Lubumbashi, enthousiaste, à la sortie du concert. Peu de personnes seulement y ont cru jusqu’aux nombreux moments où la chorale a été applaudie. Inconnue, cette chorale s’est souvent réunie (rassemblant les classiques des différentes paroisses de Lubumbashi) pour des gardes messes catholiques. Depuis près de deux ans, elle s’organise avec le rêve du grand classique voire, l’opéra. La sortie de ce samedi est la première en On. Vu comme ésotérique, « une affaire des mystiques » pour les superstitieux, l’opéra ne verra pourtant pas si tôt changer en cris de joie, les vagissements de sa naissance. Les mythes, c’est plein notre vie ! Ces jeunes gens qui chantent « comme des blancs », ces filles qui crient à gorge déployée sans s’épuiser, ces voix entrecoupées et aigües, tout un tas de choses pour que les sceptiques aient des raisons de ne pas admettre que c’est possible. Pourtant, ce qui est arrivé samedi est tout vrai.

« Magnifique »

Les « magnifique » et « vraiment intéressant » prononcés par les invités à la sortie ont finalement apaisé les cœurs. « Ofertuna », poème médiéval mis en musique par l’allemand Karl Orff reste un de ces airs qui marqueront les esprits, chanson applaudie durant plus de 60 secondes. Une véritable démonstration de force. « On ne le croirait pas. En tout cas je ne pensais pas trouver ça à Lubumbashi » déclarait un invité. Un autre poursuivait : « ils m’ont fait la chair de poule ». Pour Théodora Ignatova, consule bulgare qui a parrainé ce concert, ces jeunes sont simplement impressionnants et méritent d’être soutenus. Le risque de soutenir ce concert a permis de parler de son pays, pas assez connu, qui vient d’ouvrir une représentation diplomatique en pleine capitale économique de RDC.

Concert d'opéra à Lubumbashi |Photo Magloire Mwamba

Concert d’opéra à Lubumbashi |Photo Magloire Mwamba

Ils chantent « comme des blancs »

Chanter « comme des blancs », difficile d’échapper à cette comparaison quand on est à Lubumbashi où musique classique est affaire des blancs, n’intéressant que quelques « fanfarons » qui se croient « civilisés » ou simplement venus des pays des blancs. Non. Cela a été démenti. Mais au sein même des chorales catholiques, les critiques opposent parfois les classiques et les « autres ». Ceux-ci paraissent parfois moins laborieux, moins érudits. Comme si décidément, l’église elle-même n’aimait que ce qui vient « des blancs », de l’Europe. N’en déplaise aux partisans de l’inculturation. Le classique lui, il reste universel, catholique ! Et pour encore couronner d’orgueil certains, les grands événements de l’église (sacre, ordinations, inhumation) sont généralement « classiques ».

La chorale chante l’amour, la joie, la tristesse et des faits de société. Le costume, cousin de la musique, n’a pas été oublié. A travers une interprétation du comique de Carmen Bizet, les choristes ont simulé des costumes du 18e siècle occidental ; ou encore  un jeune toréador désiré par les femmes après avoir poignardé un taureau. Rien pourtant n’était acquis pour ces choristes devant un public dont ils ignoraient tout de son attrait ou de sa répulsion des airs classiques. Il fallait un public qui atteste qui valide leur talent et leur conformité au classique. Voilà pourquoi des occidentaux ont été « nombreux » au concert. Le risque était de déplaire, de décevoir ces gens qui en ont vu de toutes les hauteurs. Mais qui allait remplir la salle ? Le risque de voir la salle vide ou simplement occupée par des étrangers, grand dans une ville habitué au « ndombolo », ce style un peu endiablé qui nous accompagne à toutes les fêtes.

Pas mal pour un départ. Mais il reste le costume, l’arrangement du son, la réalisation aussi bien pour la couverture médiatique que pour la salle. Les régisseurs ont donné l’impression de ne pas maîtriser leur art, se contentant de balancer les lumières comme dans dancing club. La volonté est là pour ces choristes. Demain, ils feront peut-être mieux encore.